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°Si tout fonctionnait de la même façon°
.....- Où tu vas mon petit bonhomme? demanda le visage de belette.°Si tout fonctionnait de la même façon°
.....Il ajouta, avant que le jeune homme lui réponde:
.....- Monte donc à l'arrière, on t'emmène de toute façon, on est des gens très généreux, on te demandera même pas tes papiers.
°Je voudrais être lui°
.....Il jeta un coup d'oeil furtif sur la banquette arrière, dont les sièges étaient encore enveloppés d'une housse en plastique, comme si la Ford sortait à peine de chez le concessionnaire -ou bien avait-elle été volée? Au pied de la banquette, sur le plancher, il vit une caisse en carton d'où émergeait de la vaiselle en argent. Etait-ce aussi le fruit d'un cambriolage? Tous ses instincts en éveil, le jeune homme hésita. Qui étaient ces deux types? D'où sortait cette voiture? Que signifiait ce carton sur le plancher? Quelle sorte de langage parlaient-ils? le mot danger, l'adjectif dangereux résonnaient en lui comme des tambours.il décida de maîtriser ses craintes. Il avait connu d'autres épreuves. A chaque mystère qui s'était présenté à lui, il avait été contraint d'aller de l'avant, et d'agir. L'Amérique lui avait appris ça......Il avait appris bien d'autres choses. [Il avait aimé une femme qu'il n'avait pas le droit d'aimer, et elle lui avait enseigné des sentiments inconnusqui l'avaient fait passer d'un âge à un autre. Il avait reçu desleçons de quelques hommes sages et d'une jeune fille déséquilibrée.] Il avait embrassé la nuit, les paysages, la route, les saisons. Il avait pratiqué la dissimulation et deviné le goût amer de l'infidélité, la trahison. Les mots: devoir, amitié, effort et tolérance n'étaient plus pour lui des mots abstraits; il connaissait le poids d'un secret, et savait comment l'on peut risquer de souiller son âme à coups de petits compromis, petits et successifs. La vérité, le mensonge, la comédie sociale, la flatterie, la faiblesse de chaque homme devant le choix entre se battre ou se soumettre, il avait commencé d'en faire l'expérience.
.....L'expérience! Il avait compris qu'il fallait systématiquement transformer en bien tout ce qui lui arrivait -en quelque chose de bien pour lui. La solitude, le silence, parfois la honte, il devait les accepter jusqu'à les utiliser comme les éléments de sa propre progression dans l'existence. Il avait appris à se déplacer d'une situation à une autre, d'une scène à une autre, percevant qu'il y avait, dans la vie, des moyens d'échapper aux flèches, aux coups et aux blessures, pourvu qu'on agisse.
.....Agir! L'Amérique lui avait enseigné qu'il est naturel et facile d'agir, alors que le continent d'où il était arrivé, lourd d'une éducation ancienne, privilégiait l'acte de compréhension. Et il avait appris ceci: que la compréhension et l'action ne doivent pas être posées comme irréductibles l'une à l'autre. Il n'avait jamais couché cette équation sur le papier, dans son journal de bord. Mais ce qu'il venait de vivre depuis un an s'était instillé dans son corps comme une transfusion sanguine et tout ce qu'il connaîtrait par la suite lui paraîtrait toujours fade en comparaison de ces premières flambées, ces premiers franchissements de la ligne -tout, ou presque. Il eut une vision brusque du ravin, l'image lui revint de la crevasse verglacée derrières les barracks, en hiver.
°Je me déteste parfois à cause de ce concept d'Action°
.....- Alors, mon bonhomme, tu montes? disait la voix du visage de belette.Le jeune homme ouvrit la porte arrière de la voiture et s'installa sur la banquette, sa valise à ses côtés. La Ford partit vers L'Ouest.
°C'est un début. On y arrivera un jour°
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